Petites peurs et grandes angoissesComment les inquiétudes quotidiennes se transforment en anxiété10 sept. 2009 Marie-Eve Brochu
Indissociable de la vie, la peur est l'instinct protecteur devant le danger ou l'agent motivateur face aux défis. À quel moment devient-elle nuisible?
Un individu préoccupé parcourt les pages du dictionnaire Larousse à la recherche des différences entre la peur, l'angoisse et l'anxiété. La confusion s'ajoute à son inquiétude. La peur est un sentiment d'angoisse devant un danger, réel ou non. L'anxiété est une inquiétude pénible, une tension nerveuse. L'angoisse est une grande inquiétude, une anxiété profonde. La subtilité entre ces états devient un casse-tête à résoudre. La peur, un passage obligéTout le monde côtoie la peur. Parce que la vie est faite de surprises, d'incertitudes et de changements. Parce que le danger, à des kilomètres ou à côté, est un concept qui alimente les actualités quotidiennes. Entre le stress d'une nouvelle rentrée scolaire et le risque de contracter le virus du moment, l'être humain s'inquiète, puis s'adapte. «La peur s'exprime par une inquiétude face à un objet, une situation, sans empêcher quelqu'un de fonctionner» explique Laurent Lacherez, coach et psychothérapeute spécialiste de l'angoisse. «L'individu peut être préoccupé, chercher des solutions pour vaincre sa peur, mais le sentiment demeure contenu». Il précise qu'au cours des différentes étapes d'une vie, on assiste à la disparition de certaines peurs qui seront remplacées par de nouvelles. L'anxiété et l'angoisse, niveau d'alerte élevéLaurent Lacherez décrit le passage vers l'anxiété et l'angoisse: «C'est un dérapage de l'inquiétude, des peurs. Elles deviennent plus intenses et difficilement gérables. L'individu voudra éviter des situations pour ne pas avoir à vivre ces émotions». Le terme anxiété est plus souvent évoqué que le terme angoisse. Ce dernier réfère particulièrement à un état d'alerte psychique. Le site Déploie tes ailes, conçu pour venir en aide aux personnes souffrant d'agoraphobie et de phobie sociale, décrit l'anxiété comme la réaction «faire face ou fuir», dont le but est d'activer l'organisme pour affronter une agression. Cette réaction s'accompagne de changements physiques, psychologiques et comportementaux. En grandissant, l'anxiété étouffe celui ou celle qui la ressent. Les symptômes liés à l'état d'alerte se manifestent sans qu'un véritable danger ne soit présent. De la cause à la crise«Il n'y a pas une seule explication à l'anxiété», croit Laurent Lacherez. «C'est parfois en lien avec le tempérament de l'individu. Certaines personnes sont plus inquiètes de nature». Cette fragilité, combinée à un événement déclencheur, mène à l'anxiété. L'inquiétude, qui était une prédisposition, prend des proportions plus importantes. Le psychothérapeute évoque également les mauvaises expériences qui laissent une marque appelée empreinte émotionnelle. Celle-ci conduit l'individu à adopter une attitude en réaction à un événement vécu. Par exemple, décider que «les hommes sont tous les mêmes» à la suite d'une déception amoureuse ou répéter «Plus jamais on ne m'y reprendra» après avoir été entraîné dans une mésaventure professionnelle ou personnelle. Les empreintes émotionnelles qui s'accumulent et conditionnent l'individu dans ses appréhensions mènent à un trop plein et à un niveau de crise. Après l'anxiété, le bonheur?Laurent Lacherez explique qu'on évoque la «crise d'anxiété» comme on évoque la «crise financière». Dans les deux cas, il y a une rupture d'équilibre, une période difficile et significative à traverser. Il ajoute: «La peur cache un besoin à combler. Un besoin souvent inconscient. Par l'anxiété, le corps envoie des messages». Ainsi, l'une de ses patientes que l'anxiété conduisait à la dépression a compris qu'elle avait renoncé il y a dix ans à son rêve d'être mère parce que son conjoint ne voulait pas d'enfants: «Elle croyait être confortable avec sa décision mais l'anxiété lui a fait réaliser qu'elle n'avait pas fait la paix avec la situation». Les troubles anxieux demeurent un sujet tabou. Lorsque les peurs d'un individu entrent dans une zone de démesure, le danger qu'il se juge et développe une crainte du jugement extérieur s'ajoute au poids de sa souffrance. Les mots peur, anxiété et angoisse ne riment pas avec folie. Ils ne cachent peut-être qu'une folle envie de bonheur.
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